(cycle Jacques Abeille/Léo Barthe 2/10…. les autres nouvelles à retrouver en cliquant sur ce lien)

Lorsque Eugène Montalembert descendit du véhicule officiel qui venait de le déposer devant le Palais International des Académies Réunies, il éprouva cette sensation particulière que connaissent parfois les hommes âgés lorsqu’ils se trouvent soudain projetés au centre d’un événement dont ils ont longtemps rêvé sans jamais croire véritablement qu’il se réaliserait.

La place s’étendait devant lui comme une mer de pierre claire. Les architectes qui avaient conçu l’ensemble, plusieurs décennies auparavant, avaient visiblement cherché à produire sur le visiteur une impression de stabilité historique, bien que les bâtiments fussent relativement récents. Les colonnes massives, les frontons décorés d’allégories savantes, les vastes escaliers symétriques et les coupoles de cuivre patiné évoquaient simultanément un temple antique, un ministère moderne et une université impériale. Rien n’était laissé au hasard. De chaque côté de l’entrée principale flottaient les drapeaux des cent vingt-sept nations participantes. Entre eux avaient été suspendues les bannières de l’Académie Mondiale d’Anartologie. Le symbole officiel de la discipline y apparaissait en lettres d’or. Il représentait un cadre vide. Ce choix iconographique avait donné lieu à d’innombrables commentaires au cours des années. Certains y voyaient une référence aux fondements théoriques de l’Anartologie classique. D’autres préféraient l’interpréter comme une allusion aux travaux fondateurs de l’école de Vienne. Plusieurs chercheurs avaient même consacré des ouvrages entiers aux implications épistémologiques de ce symbole. Un colloque international organisé à Genève avait réuni près de six cents spécialistes autour de cette seule question. Les actes du colloque occupaient cinq volumes. Montalembert en possédait naturellement un exemplaire complet dans sa bibliothèque.

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