(cycle Jacques Abeille 5/5…. les autres nouvelles à retrouver en cliquant sur ce lien)

L’autre n’avait pas commencé que, déjà, j’en avais terminé avec les rondes. Des volutes, implacables, au grain de rouge et de pourpre, descendaient le long de ses seins ; ses hanches, depuis si longtemps, étaient ouvertes à nos sangs. Je demeurai étendu un moment encore, non par fatigue, mais parce que le moindre mouvement m’eût paru déplacé, indécent, pas assez subtile, comme nous n’avions pas cessé et que le temps s’était seulement déplacé ailleurs, dans un espace où nos corps parlaient encore.

La chambre, basse de plafond, gardait une chaleur épaisse, légèrement poisseuse, qui collait aux murs autant qu’à la peau. Une lumière de fin d’après-midi, couleur de cuivre terni, filtrait par la fenêtre étroite, découpant sur le sol des formes sans signification.

Mésurine reposait sur le côté, tournée vers la cloison. Je ne distinguais que la ligne de son épaule, la courbe de sa nuque, cet endroit fragile où, quelques instants plus tôt, j’avais posé la bouche, m’essayant à une phrase que je n’avais pas achevée. Elle respirait lentement, trop lentement peut-être pour qu’on pût croire à un abandon sincère. Je la connaissais assez pour savoir que ce rythme était calculé, maintenu, une note trop longue.

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